Test : Fuji GW690

Question appareil photo, j’avoue, j’aime tout ce qui est massif. Ça n’étonnera donc personne si j’ai opté pour cette bestiole lorsque l’occasion – et c’est le cas de le dire – s’est présenté. Reçu dans un « jouli » carton qui avait semble-t-il fait la guerre dans le camion de la poste… il était étonnant de le voir quasi neuf à l’arrivée.

Il existe 3 modèles du GW 690. Le modèle I, le modèle II et … suspense … le modèle III. Seules quelques différences mineures, outre les années, séparent ces « joujous ». Celui-ci est un modèle I.

Fuji GW690

Un peu d’histoire :

Le GW690 est issu du savoir faire japonnais de Fuji. Ses prédécesseurs étant les modèles BL et G à objectifs interchangeables (1969), Fuji sort cet appareil à objectif fixe dès 1978. Suivent les modèles II et III en 1986 et 1992.

Une bonne entreprise est une entreprise qui fait de l’argent et le pays du soleil levant l’a bien compris…surtout Fuji. Exit les objectifs interchangeables, faisons deux appareils à objectif fixe : GW690 (grand angle) et GSW690 (ultra grand angle). Chaque bestiole coûtait la bagatelle de 160 000 Yens à l’époque soit environ 1300 € … en 1983 !

« Patron, on a assommé les clients, on fait quoi maintenant ? »

« On va leur couper les valseuses…»

Fuji sort dans la foulée le GW670 (6×7) quasiment au même prix

« Patron, on a assassiné les clients, on fait quoi maintenant ? »

« Emparez vous de leurs âmes…»

Fuji sort aussi le GW680 (6×8)… plus cher… parce que c’est 10 ans plus tard, 1600 €

Présentation :

Dopé aux anabo’, c’est un gros 24×36 avec un objectif à obturateur central. On s’attend à avoir une lourdeur en main, mais non. Il est étonnamment léger pour son gabarit par rapport, par exemple à un KIEV60 qui lui est en 6×6. (le Kiev peut servir a planter des poteaux dans le sol, le Fuji a planter des clous dans votre mur).

Le corps est vide, donc léger, presque tout le poids se concentrant au niveau de l’objectif, un 90 mm, qui est équipé de toutes les bagues, mécanismes, lentilles nécessaires. Pour un poids de 1,4 kg, il bénéficie du tout métal dans cette première version.

Comparatif : KIEV 60 / 180 Zeiss – FUJI GW 690 – ZENIT 12 XP / 135 Jupiter

En détail :

  • Origine : Japon
  • Date de production : 1978
  • Corps : métal
  • Format de film : 120 / 220
  • Format de prise de vue : 6×9
  • Objectif : 90 mm (éq 35 mm en 24×36)
  • Diaphragme : f3.5 à f32
  • Vitesses : 1/500 à 1s + T
  • Mise au point : manuelle
  • Sensibilité : pas de lecture DX
  • Viseur : télémétrique
  • Cellule : aucune
  • Flash : aucun – sabot sans contact – Synchro sur objectif / toutes les vitesses
  • Filetages pour trépied (vertical sous le corps)
  • Prix moyen constaté : entre 350 et 800 euros selon les versions (le III étant plus recherché, ainsi que le GSW pour « Super Wide » équipé d’un 65 mm)

FUJI GW 690

Prise en main :

Enfin un appareil avec lequel mon petit doigt n’est plus dans le vide !!! L’index trouve bien sa place sur le déclencheur, le majeur au dessus du bosselage et les 3 petits derniers sur la longueur du bosselage. Il aurait cependant mérité d’être un peu plus profond. On sent une finition soignée de l’ensemble, une robustesse, des bagues suaves – presque érotiques – et précises. Tous ces éléments donnent à cette bestiole un charme fou et une confiance totale.

La seconde main sous l’objectif – vu que 70% du poids s’y trouve – stabilise incroyablement bien l’ensemble au point de s’aventurer au 30ème de seconde à main levée et ça passe ! Avec une grande inspiration et un blocage du diaphragme (le vôtre), on peut même tenter le 15ème.

Il est beau et une intimité entre l’appendice nasale et le dos n’est pas gênante. Le joint d’œilleton est peu profond, mais il évite d’écraser complètement son nez.

Le viseur est grand, clair, si l’appareil a bien été conservé, et comme on s’en doute, une partie de l’objectif apparaît dans le coin inférieur droit. Le télémètre n’est pas pratique du tout : un point clair est au centre… petit point clair… vraiment petit… vraiment très clair.  Il faut s’y faire et les première pellicules sont pleines de doute.

Concernant le chargement, les bobines rentrent au millimètre. Il faut jouer d’un effet levier avec l’index de l’autre main pour arriver à la rentrer ou la sortir.

Point noir sur la pose T : elle ne peut se terminer qu’après avoir tourné la bague de vitesse d’un cran pour revenir sur la vitesse « 1 seconde ». C’est faisable si on est méticuleux.

FUJI GW 690

Objectif : PHOTO !

Avant de me le procurer, j’ai lu. Beaucoup. Toutes les critiques faisaient état d’un obturateur bruyant. Après utilisation, franchement, « il n’y a pas de quoi se taper le cul dans une bassine ». Ce n’est pas silencieux, ce n’est pas bruyant. Le son est dit « métallique ». Vous ne ferez quand même pas de photos lors d’un spectacle de mime…

Le levier d’armement est d’une incroyable douceur. Il faut armer une fois et demi pour avoir son 9,5 cm d’avance (1/2 cm entre chaque vue). On peut déclencher sur le dessus en mode paysage et sur la face avant en mode portrait.

On mesure sa lumière avec une cellule externe, on reporte ses réglages sur l’objectif et on cadre.

Les bagues Vitesse, Diaph et MAP sont vraiment, mais vraiment incroyables. Très agréable d’utilisation. Robustes, on sent bien qu’il n’est pas possible de se tromper dans ses réglages. C’est en place et ça ne bouge pas !

L’objectif est traité multicouches. On peut constater, vu de l’extérieur que c’est « propre », rien ne bouge, la lumière ne demande qu’a passer à l’intérieur.

Le compteur de vue défile et au bout de 8 déclenchements, c’est finit… 8 vues, seulement… Vous pensez que ça mérite une larme en coin ? FAUX ! On est tellement impressionné par cet appareil (ou serait-ce le prix ?) qu’on y va à pas de velours pour déclencher. Choisir son moment, sa lumière, son sujet, son cadrage, ses réglages. Pour la petite histoire, 36 vues en 24×36 est, pour moi,  mission délicate quelque soit l’appareil. 12 vues en 6×6, je dois me forcer. 8 vues … merci le 6×9. Finir les 8 vues est donc très naturel, comme un chemin appréhendé avec un grand ressentir. On hume l’air à la recherche d’une nouvelle proie et on déclenche uniquement quand toutes les conditions sont réunies. Pour finir, après le compteur épuisé, par  se sentir accompli. On profite autant du moment passé à chercher la photo, qu’à la faire.

FUJI GW 690

FUJI GW 690

Les négatifs :

Avant de faire du 6×9, j’étais abonné au 6×6 et à la découpe en retouche. Pendre pour séchage une pellicule 6×6 à coté d’une 24×36, ça fait déjà son effet. Alors une 6×9, c’est Byzance ! Les contrastes se constatent facilement sur une pellicule N&B. Mes 6×6 sont exécutées avec un appareil Russe dont l’optique est très bonne, mais rien en comparaison de ce Fuji. Du contraste en veux tu en voilà ! C’est tanné comme une peau laissée au soleil. C’est grand, c’est beau, c’est propre. On sent la qualité japonaise. Du piqué à foison, du contraste, l’optique ne se laisse pas abuser par le soleil, même si vous ne mettez pas le pare soleil en place.

FUJI GW 690

Récap’ et conclusion :

J’adore le volume global et l’impression de fiabilité qui se dégage du GW.  C’est un produit de qualité qui donnera de nombreuses années de satisfaction et des centaines de pellicules à cramer. Le télémètre, au final, on s’y fait. En paysage, c’est un très beau jouet. En portrait, le bokeh est facile, mais ce n’est pas son terrain de jeu favori.  La qualité optique, une fraction de cran derrière celle d’un « Blad », est en adéquation avec la réputation de Fuji. Beau, bien piqué, vraiment contrastée, fiable. J’aime beaucoup cette bestiole, au point de l’emmener avec moi dans chaque déplacement mensuel pro, ou perso.

Si vous avez le budget, foncez !

 

*Pellicule : ILFORD DELTA 100 – ILFOSOL 3 / 5 min – RAPID FIXER / 4 min

*Scans : Canon 9000F Mark II (20% de rendu maximal – fichiers de sortie 40 Mo)

2 thoughts on “Test : Fuji GW690

  • 13 juin 2019 at 11 h 14 min
    Permalink

    C’est un bon choix. Boitier attachant et performant qu’on peut utiliser comme bloc notes comme vous le faites.
    Vous avez fait le bon choix, assurément.
    Bonnes photos.
    Thierry

    Reply
  • 13 juin 2019 at 11 h 30 min
    Permalink

    Franchement, cet article donne envie de craquer pour ce bestiau ! 🙂

    Reply

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *