Long Shot Entretien avec Gildas Lepetit-Castel et Flore Willefert

Vous vous souvenez surement de Gildas Lepetit-Castel et de son superbe livre sur « Les secrets de la photographie argentique » paru chez Eyrolles. Il revient nous voir sur Dans ta Cuve ! avec son nouveau projet « Long Shot ». Entretien Avec Gildas et Flore.

 

 

Bonjour Gildas, pour les personnes qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter en quelques lignes s’il te plait ?

Je m’appelle Gildas Lepetit-Castel, comme tout le monde j’ai toujours était passionné par l’image: le dessin, la peinture, le cinéma. Mais c’est la photographie, que j’ai découvert par hasard dans une chambre noire durant mes études au lycée, qui est devenu mon métier, mon langage. J’ai plusieurs casquettes : enseignant de photographie, éditeur, intervenant pour des commandes mêlant photographie et social.. Bref Tout ce qui contribue à diffuser l’image photographique puis j’aime également jouer de la musique et la faire rimer avec mes projets.

Long Shot © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot © Gildas Lepetit-Castel

Nous avons appris à te connaitre notamment grâce à ton livre « Les secrets de la photographie argentique » paru chez Eyrolles. Cette fois-ci, nous allons parler de ton nouveau projet « Long Shot » … mais tu n’es pas tout seul. Peux-tu nous parler de ton projet s’il te plait ? Comment est né le projet ?

En effet je ne suis pas seul, car ce projet est né d’une rencontre qui a eu lieu à l’occasion du tournage de mon premier long métrage The cup is full. Depuis longtemps je voulais faire du cinéma, et me plonger dans ce film m’a permis de sortir d’une sombre période. Ce tournage fut l’occasion de rencontrer un grand nombre de personnes, mais l’une d’entre-elle m’a profondément bouleversé. Elle répond au joli prénom de Flore. À l’issu d’une soirée de tournage dans une fête foraine nous avons profité des lumières électriques pour réaliser une série de photographies en argentiques couleurs. C’était l’une des premières fois, en pourtant plus de 15 ans de photographie, que je ressentais l’envie de shooter en couleur. Étant daltonien, je ne les vois pas comme tout le monde, je les ressentais très belles chez elle. J’ai réalisé deux rouleaux d’images, Une fois revenues du labo, ce fut un choc et je compris que nous avions beaucoup de choses à dire.

Long Shot © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot © Gildas Lepetit-Castel

De là est né l’envie de réaliser un livre à 4 mains, car Flore n’est pas un simple modèle, ni une muse. C’est une jeune femme passionnante et passionnée par l’art mais surtout qui a besoin de partager et exprimer ses sensations et cela quelque soit le support. Besoin qui m’est également cher. Je ne savais pas encore alors que ce serait si évident de travailler avec elle. Tu connais mon amour pour Londres, qui fut déjà le sujet de deux de mes livres (Take Away en 2009 et Sunscapes en 2010), mais j’étais très curieux de découvrir comment nos regards traduiraient cette ville en images…

 

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

 

Ostende, Paris, Anvers, Nantes, Bruxelles, Vannes, Gand, Orléans … on suivi Londres. Comment se sont déroulées les séances photos ? Aviez-vous déjà en tête ce que vous comptiez faire ou bien avez-vous laissé une très grande part d’imagination et d’improvisation ?

Il ne s’agit pas à proprement parler, de séance photo. Nous marchions du matin au milieu de la nuit sans idées préconçu, les images s’imposaient d’elles même au fil du voyage. J’ai réalisé de nombreux portraits de Flore, mais jamais ils ne sont posés.  Ils naissent d’envies, de ressentit et donc de vie. La seule chose que nous savions était que nous voulions parler de Londres en couleur et noir et blanc. Après ce voyage nous avons décidé de faire la mise en page du livre dans d’autres villes. Nous avons parcouru la Belgique où nous y avons fait la sélection, l’éditing, la mise en page. Le goût du voyage nous amener à partir encore dans d’autres villes de France, qui nous ont inspiré toujours plus d’images.

Plus de voyage, plus de vie, plus d’histoires, Long Shot ne se résumait plus seulement qu’à Londres. Il est resté le fil conducteur mais de nombreuses images sont venues l’enrichir. C’est ainsi que Long Shot est devenu une suite d’histoires.

 

éditing in process

éditing in process

La musique est très présente également dans le projet. Comment allez-vous accompagner cette BO avec la lecture du livre ?

La musique est très présente dans nos vies, mais nos vies sont également la matière de notre projet. Finalement tout se recoupe, nous ne pensons pas la musique comme un complément à la lecture mais comme une autre dimension du voyage.

Je considère les morceaux comme des images sonores, mais leur lecture peut être indépendante du livre. En argentique il y a le grain qui donne vie aux images, nous avons travaillé le son comme un tirage, en jouant sur la matière. On pourrait les nommer, en citant Baudelaire, des ‘’invitations au voyage’’.

 

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

 

Le livre contiendra 196 images réparties sur 208 pages. Je suppose qu’il y aura très peu de texte, voir pas du tout. Raconter des histoires rien qu’avec des images était-il un pré requis pour votre projet ?

Ce livre est devenu pour nous un manifeste, les textes sont finalement très présent mais d’une manière détournée (IMAGES PAGE) ce projet étant expérimental il comporte un geste plus plasticien qui consiste à prendre des pages de lire anglais, les rayer pour ne garder que des mots qui ont du sens pour nous, comme tu peux le voir sur l’image si dessous, le texte devient ainsi une image en plus d’un message.

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

 

Tu parles du nombre d’images / pages, il paraît très conséquent mais Flore à réalisé des séquences photographiques constituées en bandes qui permettent de multiplier les cadres sur une même page. Des mots se glissent également parfois sous les images, non pas comme une légende mais comme une piste qui propose une relecture. Tu le vois, tu l’entends, images / sons / textes, mélodiques ou non participent à former une harmonie, un climat : Long Shot.

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

 

Parlons un tout petit peu argentique  Comment avez-vous débuté la photographie (argentique) et quel est votre matériel de prédilection, celui dont vous ne vous séparez pas ? On semble reconnaître un Olympus Pen sur une des premières images.

G : comme je le disais j’ai fais des études d’art en Belgique, je me suis essayé au dessin à la peinture à la sérigraphie à la gravure, au modelage, et je détestait profondément la photographie, je n’étais pas à l’aise dans la chambre noir où parfois mes camarades aimé se bagarrer, et placer la tête de l’autre dans le révélateur. Mon immersion s’est fais un jour où j’avais pour moi seul le laboratoire je me souviens encore de l’émotion ressentit lors de l’apparition de l’image sous la lumière inactinique. J’ai décidé que je voulais devenir tireur. Par chance mon voisin avait une chambre noire dans son grenier qu’il me prêtait tous les weekends, je me souviens avoir entendu frapper à la porte et entendre ‘’ il est 20h il faut ranger’’ je n’étais pas sorti depuis 9h du matin. Oui, le temps s’oublie dans une chambre noire.. Et la photographie m’accompagne depuis ce jour. Je continu à travailler en argentique non par mépris pour les nouvelles technologies, je les enseignent à l’école supérieur, mais parce que je ne peux pas faire autrement. Je n’éprouve aucun plaisir à déclencher les pixels alors que je me sens bien au cœur des grains d’argent. Ma pratique n’a pas changée depuis, un appareil reflex canon, peu importe le model 500 n.300, 5 .. Une focale fixe pratiquement toujours le 50 mm et des films (400 iso : Pan 400, tri-x, APX-400) que je prends plaisir à retenir ou à pousser en fonction du projet. Le révélateur reste du rodinal (une soupe indémodable) je tire sur papier baryté warmtone, ou / et numérisé via un capricieux scan Epson V800. Dans Long Shot, on retrouve pour la première fois des images couleurs, toutes prises en Fuji-xtra. Ainsi que des images émanant de compacts ou de jetables.

Le meilleur matériel restant le cœur et les chaussures.

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

 

F: J’ai également fais mes études dans un lycée d’art appliqué, puis des études d’art visuel. La photo, parmi les autres techniques que j’utilise pour m’exprimer, m’a toujours permis de raconter des choses. Mais je n’arrivais pas à les dire exactement comme je les ressentais. C’est Gildas qui m’a permis de photographier mes sensations, me faisant mieux connaître l’argentique et surtout l’Olympus pen. Un petit appareil demi format, automatique, qui m’a permis de parler, sans contrainte.  J’aime fabriquer les images, les créer par la matière. Avec le pen, comme un crayon, le grain est amplifié.  Le demi format du pen me permet également de faire des  petites séquences, comme un film très saccadé, des micro scénarios. J’ai également utilisé un vieux Petri utilisé par mon père à l’armée et parfois les reflex de Gildas.

 

Long Shot  ©  Flore Willefert

Long Shot  ©  Flore Willefert

 

Long Shot  ©  Flore Willefert

Long Shot  ©  Flore Willefertje

 

Quelle est la partie qui vous a pris le plus de temps ? La sélection des images, la bande son ou toute la partie recherche d’un imprimeur, etc … ?

La partie résolution des « problèmes humains » de notre entourage qui impacte notre quotidien, ralentie l’avancée du projet, nous épuise. Et montre ainsi à quel point on ne peut rien faire avec l’esprit abîmé.

 

Long Shot © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot © Gildas Lepetit-Castel

 

Ensuite, s’agissant d’un projet en mouvement, les phases se mélangent. Long Shot est vraiment un work in process, tout est crée sur la route. Nous devons vous avouer qu’aucune phase n’est encore verrouillée, la somme demandée dans le kisskiss est très importante (bien qu’inférieure au coût réel de production) aussi l’ouvrage risque encore de changer de forme, si on ne parvient pas à la somme demandée. L’essentiel pour nous est que le livre existe. Il est lié à notre histoire.

 

Long Shot  © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  ©  Flore Willefert / © Gildas Lepetit-Castel

Pouvez-vous nous donner les liens internet de vos sites afin que les lecteurs puissent retrouver votre travail svp ?

Voici mon site internet où vous pourrez retrouver Long Shot dans la rubrique « Book », ainsi que toutes mes productions précédentes:

http://gildas-lepetit-castel.com/

Et ici le kisskiss de notre projet, où il reste seulement quelques jours pour participer

https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/long-shot-lancement-de-notre-livre-photo-biographique. 

Et pour nous soutenir, vous avez également la possibilité de commander des tirages : https://longshotandotherstories.bigcartel.com/

Longshot sera, durant tout l’été, une exposition: du 3 juillet au 1er septembre 2018 à la médiathèque de Berck

Avec une soirée spéciale le 6 juillet 2018, au cinéma de Berck: projection de courts-métrages visuels et sonores puis ciné-concert surprenant sur le long métrage « The Cup Is Full »

Vous pourrez retrouver de ce lien plus de précisions  https://mediatheques.ca2bm.fr/mediatheques/2018-longshot-gildas-lepetit-castel-2018.aspx#

Enfin, et surtout le Teaser Photo / Cinématographique est à découvrir ici : https://vimeo.com/265970340/description

Long Shot  © Gildas Lepetit-Castel

Long Shot  © Gildas Lepetit-Castel

Rémy

Depuis le temps, faudrait que je teste le numérique quand même ;)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *