Test du film Washi: un support artisanal

L’article d’aujourd’hui va évoquer un sujet rare et qui nous tient à coeur de part sa particularité : la création d’un nouveau film argentique. C’est le pari un peu fou qu’a fait Lomig Perrotin et nous sommes assez fiers de vous présenter ce nouveau produit.

Film Washi - Lomig

Film Washi – Lomig

A l’heure où nous écrivons ces lignes, le film washi a eu quelques modifications dans sa conception. Nous en parlerons dans l’article. Merci à Lomig pour nous avoir fourni des exemplaires de son film afin que nous puissions en parler pour dans ta cuve !

1. Qu’est-ce que le film Washi ?

Le film washi est élaboré à partir d’un  papier traditionnel, le Washi.  Ce papier traditionnel est fabriqué depuis des siècles au japon. Ce papier offre l’alliance de grandes qualités techniques avec l’esthétique exceptionnelle de ses longues fibres entremélées. Il est à la fois souple, solide et transparent.

Tous les films Washi, du format 120, 620 et 4×4, sont fabriqués à la main. Le conditionnement de ces films fait qu’il est donc possible de les utiliser sur tout appareil standard.

A noter une petite chose qui a son importance … Le film Washi est une pellicule orthochromatique. C’est-à-dire qu’elle est sensible au bleu et au vert et insensible au rouge. Il est donc possible de manipuler le film sous un éclairage inactinique.

Elle se développe donc dans un révélateur pour papier comme le Tetenal Eukobrom. Afin de garantir une conservation conservation optimale du négatif, le Film Washi doit être longuement et abondamment rincé à l’eau froide.

2. Les recommandations de Lomig

Nous en avons profité pour demander à Lomig, quelles sont, selon lui, les recommandations d’utilisation de son film.

« De part mon expérience personnelle, je dirais que ce film convient particulièrement bien aux portraits car son contraste met en valeurs les formes basiques du visages tout en gommant les détails qui distraient notre attention, nous permettant ainsi de mieux nous concentrer sur ce qui ce dégage du modèle.

Le Washi est également très intéressant pour les sujets d’architecture urbaine où l’on trouvera une rythmique et une perspective marquée qui seront mis en valeurs par les motifs répétitifs du papier..

Par contre, je n’ai pas encore réussi à obtenir de résultats vraiment satisfaisant en paysage traditionnel, notamment à cause du fort contraste du film qui écrase les nuances de verts de la végétation. De plus, la sur sensibilité du film au bleu empêche d’avoir des nuances dans les ciels qui sont le plus souvent brûlés. Ce problème pourrait probablement être corrigé par l’usage judicieux de demi-filtre orange ou rouge mais j’avoue ne pas avoir encore eu le temps de faire le test.

On m’a demandé plusieurs fois ce que pouvait donner le film en longue pose de nuit, j’avoue ne pas l’avoir encore testé non plus… En fait photographier au Washi c’est en un sens réapprendre à faire des photos et il y a énormément de cas particuliers à expérimenter. D’une manière générale, mon conseil pour ceux qui souhaiteraient essayé le Washi dans des conditions très particulières, serait de d’abord faire un test avec du papier photo noir & blanc (qui à une sensibilité similaire au Washi), ce qui revient moins cher et permet d’affiner les réglages avant la prise de vue réelle.

Il y a aussi un petit truc pour faciliter le développement des films 120 en cuvettes: les mouiller à l’eau claire avant de les tremper dans le révélateur. En effet, une fois mouillé le film prend une forme bien plane et est beaucoup plus facile à tremper rapidement et entièrement dans la cuvette de révélateur, ce qui permet d’avoir un développement plus homogène.

Enfin, je conseille toujours de bien rincer les films après développement car j’ai moi-même certains négatifs traités trop vite qui ont pris irrémédiablement une teinte rougeâtre et qui sont désormais inutilisable faute d’avoir pris le temps de les rincer correctement. De plus cette teinte n’apparaît pas tout de suite au séchage, pour éviter les mauvaises surprises il faut donc être très rigoureux lors du développement. »

3. Sur le terrain

3.1. L’avis d’Anaïs

J’étais très impatiente de tester ce film. Et j’annonce la couleur tout de suite :  je n’ai pas été déçue ! Pas plus compliqué d’utilisation qu’un film classique, le chargement fut des plus simples. Concernant la sensibilité qui est très faible, elle nous oblige de travailler soit en plein soleil soit avec un pied : c’est à mon sens la seule contrainte de ce film. Cependant, il semble qu’elle peut être un peu poussée sans contrainte particulière. Personnellement, je l’ai testé à l’intérieur comme à l’extérieur et dans les deux cas, le résultat est correct. Le développement de cette pellicule est fort sympathique : on garde la magie de voir apparaître ses clichés sur la pellicule grâce à la lumière inactinique. J’ai été surprise par la solidité du papier mais également de l’émulsion. Les clichés apparaissent très contrastés et moi qui adore le contraste, cela me convient parfaitement. D’autre part, le papier de riz apporte un certain charme aux clichés avec ses reliefs. Ce test m’a permit d’imaginer pleins de projets uniquement à partir de cette pellicule ! Encore un grand BRAVO à Lomig !

Film Washi

Film Washi

Film Washi

Film Washi

3.2. L’avis de Rémy

Lomig qualifie son produit d’artisanal mais les résultats obtenus avec ce film m’ont énormément convaincu. J’ai eu un peu d’appréhension à utiliser une pellicule oscillant entre  3 et 6 isos, notamment parce que durant ma balade, il y a eu beaucoup de nuages et de vents. La lumière variait pas mal. Cependant, le rendu final a été clairement là. Fidèle à ce que j’avais imaginé au moment de la prise de vue. Le développement demande peu de temps (temps de révélation équivalent à celui utilisé pour du papier). Je n’ai eu aucun souci à mettre la pellicule dans le dos du moyen-format, contrairement à d’autres pellicules plus professionnelles. Le rendu final révèle un assez fort contraste, tout ce que j’aime. Le papier, de part sa texture, est assez sympathique. Cela donne une impression de fragilité mais au final, il est incroyablement résistant à la manipulation.  Petit conseil d’utilisation tout de même : après séchage, il faut bien penser à aplatir correctement le papier afin de faciliter son scan et/ou son tirage.

Bref, le rendu final me plait beaucoup et j’aimerais tester d’avantage les possibilités de la pose (longue) en ville, tout comme je le ferais avec un sténopé. Le rendu est différent et on a l’impression d’être un artiste 😉

Hasselblad 500cm / 80mm / f/5.6 - 1/15ème

Hasselblad 500cm / 80mm / f/5.6 – 1/15ème

Hasselblad 500cm / 80mm / f/5.6 - 1/15ème

Hasselblad 500cm / 80mm / f/5.6 – 1/15ème

Hasselblad 500cm / 80mm / f/5.6 - 1/15ème

Hasselblad 500cm / 80mm / f/5.6 – 1/15ème

3.3. L’avis de Luc

Que faire avec un support aussi particulier que la Washi? J’ai vu quelques exemples de ce que pouvait donner le film en extérieur. Je suis assez joueur et je voulais voir ce que pouvait donner le film en nature morte!

J’ai donc sorti les Cactus, les flashs, les softboxes… et un violon! J’ai commencé par faire un petit essai au numérique avec mon 7D. Voici un aperçu numérique de ce que je souhaitais:

Aperçu numérique du violon

Aperçu numérique du violon

En choisissant ce sujet, j’avais oublié quelque chose de très important: le film est orthochromatique, c’est à dire pas sensible au rouge. Et même si mon violon n’est pas tout à fait rouge, la composante rouge reste prédominante…

Après avoir fait un rapide calcul de lumière (le film a une sensibilité de 6 ISO), j’ai pris quelques photos avec les flashs à pleine puissance 🙂 Le résultat est très particulier:

Le violon au Washi

Le violon au Washi. Comme prévu, il est rendu très sombre par le fait que le film est insensible au rouge…

Vous remarquerez que l’image est froissée en bas. Il faut savoir que le papier a tendance à gondoler au séchage. Il ne faut pas hésiter à laisser le film sous une pile de Walking Dead pendant plusieurs jours pour qu’il soit bien plat pour le scan! Je pense que dans mon cas, la nuit sous la pile de BD n’a pas suffit…

Autre essai au Washi

Autre essai au Washi

Le développement ne m’a pas posé de problème. Le scan a été un peu difficile (mais surtout à cause du contraste du sujet que j’ai choisi), mais rien de surhumain non plus.

J’ai utilisé ce film très particulier dans des conditions assez particulières avec un sujet pas adapté à la nature du film. Il n’est donc pas facile pour moi de donner un véritable avis. Ce qui est sûr, c’est que vous ne trouverez pas la finesse et la gamme de gris que vous avez l’habitude d’avoir avec vos films préférés. Ce que vous trouverez, c’est un rendu et une texture. C’est une histoire de goût: on aime ou on n’aime pas. Pour ma part, la surprise n’a pas été désagréable: le côté très sombre obtenu n’était pas tout à fait voulu mais ne me dérange pas, car j’aime le contraste! Je pense tester le film dans d’autres conditions, avec d’autres sujets (moins rouge pour le coup 🙂 )

4. Conclusion

Le film Washi demande et demandera quelques expérimentations afin de trouver un bon équilibre et cette partie de recherche (que photographier ? tester du portrait ? etc …) est géniale. Cela permet également de relancer pas mal d’idées en tête et découvrir une manière de photographier encore différemment. Que donnerait le film en urbex ? Que donnerait-il dans telle ou telle situation ? N’hésitez pas un seul instant, procurez-vous des films Washi et partez exploiter les possibilités du film !

Dans ta cuve!

La photo argentique dans la cuve!

14 thoughts on “Test du film Washi: un support artisanal

  • 22 mai 2014 at 11 h 05 min
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    Article super intéressant!

    Petite question: Lomig dit que ce papier est bien pour des portraits. Est-ce que vous auriez des exemples?

    Où est-ce qu’on peut la trouver, cette pellicule?

    Laurent

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        • 22 mai 2014 at 11 h 16 min
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          Lomig adapte la formule de sa pellicule et la fait évoluer constamment. Au moment d’écrire les lignes, elle était à 6iso. Il se peut que la nouvelle formule donne désormais 25iso

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    • 22 mai 2014 at 11 h 10 min
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      Salut,
      Merci. Je n’ai pas d’exemples (ne serait-ce que pour des raisons de droits) mais tu peux en trouver sur le site de lomig (lomig.fr)
      Tu peux également trouver la pellicule sur son site. Elle doit être également trouvable dans quelques magasins parisiens mais je n’ai pas la liste des points de vente.
      Le mieux, à mon avis, serait de contacté Lomig directement via son site, il pourra te renseigner.

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  • 22 mai 2014 at 21 h 32 min
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    Super intéressant.

    J’ai néanmoins une question, on obtient un négatif classique ou un positif comme pour le Harman Direct Photo Paper ?

    La texture du papier est très plaisante et donne envie d’essayer.

    Sébastien

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    • 23 mai 2014 at 10 h 15 min
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      On obtient un négatif classique, qui peut être passé en positif au scan

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  • 26 mai 2014 at 8 h 18 min
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    Bonjour,
    Merci beaucoup pour cet article. Je me permets de répondre ici à une ou deux questions:

    – La sensibilité du Film Washi varie en fonction du révélateur que l’on utilise et de sa dilution: Mes derniers tests montrent qu’on peut l’utiliser a 25 iso lorsqu’on le développe dans de l’Eukobrom dilué à 1+1. J’ai confié les films à « dans ta cuve » fin 2013 et à l’époque je préconisais 6 iso révélé dans du PQ Universal à 1+9.

    – Pour les exemples de portraits => http://lomig.fr/about/

    – Pour les lieux de ventes => http://lomig.fr/order/

    A bientôt!

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  • 4 août 2014 at 19 h 29 min
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    C’est quoi l’appareil photo d’Anais??? (mega effet 3D sur la deuxième photo!)

    Sinon sympa ce film, les rendus ont quand meme l’air super aléatoire, mais j’imagine que c’est ce qui fait le charme!

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  • 16 mai 2015 at 19 h 18 min
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    Bonjour, j ai testé le film l an dernier. J ai adoré. Mais j aurais aimé un conseil. Comment faire secher les films 120 et 135 pour éviter qu ils ne se torsadent. 6 photos seulement ont survécu….. Sans parler de mon projet en plan film pour bientôt. Merci. Laurent « anjin »

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  • 12 octobre 2015 at 8 h 42 min
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    Bonjour à tous,

    Je suis tombé avec un peu de retard sur votre article malgré le fait que je lis chacun de vos posts avec minutie.

    En ce qui concerne le film Washi, cela fait longtemps que j’y pense mais je n’ai jamais franchi le pas. Votre article a donc enfoncer le clou de la contagion et confirmer l’adage : « L’envie d’avoir envie ». Mission accomplie de votre part.

    Concrètement, j’aimerais que vous puissiez me confirmer (et si j’ai bien fait mon travail de lecteur) que je puisse enrouler le film washi à la lumière inactique de mon labo dans mon hasselblad. Je pense à 99% que cela se fait de cette manière mais il a tjrs ce petit doute quand on se lance dans l’inconnu.

    Amicalement et bonne continuation !

    Philippe

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    • 12 octobre 2015 at 15 h 50 min
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      Coucou Philippe,
      le développement se faisant en lumière inactinique, pour nous aucun souci =)
      Anais

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