Rencontre avec Jean-Christophe Wiart

Bonjour Jean-Christophe, peux-tu présenter en quelques lignes ?
Moi, c’est Jean-Christophe, j’ai 34 ans. Je suis graphiste de formation et webmaster de métier. J’habite à Valence dans la Drôme et suis papa depuis le 11 février dernier d’un petit garçon prénommé Ambroise.

Depuis combien de temps pratiques-tu l’argentique ?
Comme tu t’en aperçois, j’ai fait le choix pour mon orientation d’un métier créatif. C’est bien, mais ça c’était avant : sur le marché du travail tu comprends vite que le décideur/l’acheteur fait la loi, et que tes idées ne sont pas nécessairement les siennes.
Alors même si le temps, c’est de l’argent – ça c’est la loi du travail – et bien moi, j’ai eu envie de le prendre pour autre chose : par exemple, pour une richesse. C’est ça qui m’a donné envie de pratiquer la photographie argentique, il y a 7 ans maintenant : elle allie évidemment l’image à la technique, et te demande de beaucoup lui donner si tu souhaites un retour. En premier lieu, elle te bouffe tout ton temps, elle sait te gratifier par la suite.

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Te souviens-tu de ton premier appareil photo argentique ?
Il y a un truc que j’aime, c’est faire les brocs, les puces. C’est là qu’un jour, j’ai trouvé mon premier boîtier : un Lubitel 2. Je me rappelle à l’époque de l’engouement pour une marque en pleine renaissance – LOMO – qui sortait la réédition de cet appareil pour la modique somme de 350 € si mes souvenirs sont bons. Le mien m’a coûté 5 €, il était comme neuf. Dans un premier temps je l’ai beaucoup regardé. Je me disais depuis longtemps qu’il faudrait « un jour essayer de faire du film ». Un ami m’a présenté à un photographe pro, qui m’a orienté vers une MJC de quartier. Les « anciens » m’ont donc appris les bases, un peu étonnés et surpris de voir un « gamin » débarquer avec une antiquité. C’est un appareil qui a les qualités de ses défauts, une sorte d’extension créative dans ta main. Je l’ai ressorti il y a peu pour enseigner les bases – à mon tour – à une copine de ma nana. Il faudra que je prenne le temps de le réutiliser un jour, il est pas si mauvais en fait.

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Si tu étais une pellicule, tu serais …
Une PANF+, mais attention, uniquement en 120 au studio. Un truc plein de contrastes, mais avec de la demi teinte à gogo si tu sais la chercher. Une pellicule qui a besoin de temps pour donner le meilleur d’elle-même aussi. Ou alors une TMax, sèche et aux rendus graphiques.

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Si tu étais un appareil photo, tu serais …
Ouah, elles sont chaudes tes questions. Ma cuve, tu fais mon portrait chinois ou tu me penses schizophrène ? Je serais un truc qui a bonne réputation pour les gens qui le connaissent, mais prouvant vite ses imperfections dès lors qu’on l’a pris en main. Je serais un truc technique, certainement trop, alors qu’en fait il suffit de le prendre en main et de shooter ce qui passe aux alentours, sans se poser plus de questions. Je serais un truc petit, le genre de truc qu’on traîne partout et qui parfois saoule tout le monde tellement il s’immisce. Alors comme ça je te dirais : je suis un Minox 35 GT. Tiens, encore un boîtier qui traîne dans mon placard à chaussettes.

As-tu un thème de prédilection ?
Je vais te dire non. J’ai commencé par de la friche, du déshumanisé complet. Le genre de truc un peu flippant même par moment – surtout qu’ici, à Valence, il n’y a personne que je connaisse qui ne soit assez barré pour me suivre, donc c’est toujours du solo. Puis j’ai eu envie de montrer plus « d’humain » : là je me suis lancé dans le portrait, à la fenêtre comme au studio.
Sinon au gré des voyages et des vacances, si la ville n’est pas loin, je cherche un peu plus du côté de la photo de rue : c’est un genre que j’aime bien aussi – hyperfocale et anticipation, CLAC, on verra se qu’elle donne au développement celle-ci !
Je ne sais pas si c’est une force ou une faiblesse, mais j’ai besoin de voir souvent de nouvelles choses, avant de retourner aux sources. Même si c’est parfois dur de se renouveler il faut bien l’admettre.
En ce moment je suis à fond sur le travail de Marchand et Meffre – j’aimerais trop retourner faire de la friche – avec plus de technique qu’à l’époque, mais pas tout seul. Avis à la population !

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Pourquoi pratiques-tu l’argentique alors que le numérique possède toutes les qualités que nous lui connaissons ?
Je te l’ai déjà dis plus haut : tu suis pas ou quoi ! Moi, je pense que prendre son temps est le plus grand luxe qui soit, dans les années zéro que nous traversons. Personne ne peut acheter ça, même avec beaucoup de fric. L’argentique, c’est du temps. C’est beaucoup de travail car il te faut développer ta technique à la prise de vue, ta connaissance des différents supports sensibles et leurs réactions à tel ou tel traitement chimique. Il te faut développer ton savoir-faire de tireur – maquiller, retenir, brûler – avec des outils que tu vas créer toi même, sur un papier qui ne recèle qu’une image latente lorsque tu le regardes … Tout ça, c’est ton bagage technique : il t’ouvre des portes. À toi de transformer en potentiel créatif tout ce que tu as « introgéré ». À toi de penser tes images, de les cadrer, les exposer, de les mener où tu penses qu’elles doivent aller. Un vrai travail d’artisan quoi !
Je connais des gens qui font de très belles images en numérique et sincèrement, je n’ai rien contre eux. Ils ont une démarche, il y a de la qualité. J’en connais d’autres qui sont des malades du déclencheur – on les croirait sortis d’un film de Romero – tu sais comme ces zombies qui convergent vers un centre commercial, reproduisant ce qu’ils faisaient le plus souvent avant l’heure du décès. Ceux-là appuient 10, 20, 100 fois sur un bouton sans réfléchir, sans se poser de question : « y en aura bien une de bonne dans le tas, l’appareil a évolué, il pense et agit à ma place ». Je ne partage pas cette vision des choses, je ne conçois pas l’image sous cet angle. Le numérique est trop souvent synonyme de vulgarisation, il fait perdre toute âme aux choses.

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Crédit Photo : Jean-Christophe Wiart

Je pense encore à une réplique de film, la rencontre de Bill Murray et de Isaac de Bankole dans « The limit of control » de Jarmusch. Ça pourrait résumer la rencontre du numérique avec l’argentique :

• Le numérique : « Merde, Comment t’es arrivé jusque ici toi ? »
• L’argentique : « J’ai utilisé mon imagination. »

Par quel biais pouvons-nous te contacter ?
Alors tu sais que je suis webmaster, tu t’en doutes, j’ai un site. J’ai mis beaucoup de temps, comme pour tout, à me décider à le faire. Tu le trouveras là : http://www.jeanchristophewiart.com
Il est frais, aussi tu sais, je me suis promis de l’alimenter fréquemment en nouveautés, si mon fils décide de me faire changer moins de couches je te jure que je rajouterai des images souvent.
Et comme j’aime bien partager des choses – pas que mes images à moi mais aussi celles de gens qui apportent de la nourriture fraîche à mon cerveau, je me suis créé quelques comptes sur les réseaux sociaux. Avis à la population, ces pages ont besoin de vivre : likez, partagez, followez, retwittez !

https://twitter.com/jc_wiart
https://www.facebook.com/jcwiartphotostream
https://www.flickr.com/photos/itisnotbecauseyouare/

 

Nous tenons à remercier Jean-Christophe  pour avoir passé du temps avec nous afin de parler argentique. Si toi aussi tu souhaites parler de ton travail argentique, n’hésites pas à nous envoyer un mail !

Rémy

Depuis le temps, faudrait que je teste le numérique quand même ;)

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